Deux romans pour cette rentrée, lus l'un après l'autre, traitant de religion, de passion et de liberté.
"Soufi, mon amour", de Elif Shafak, éditions 10/18, 8.90 €, est un entremêlement de vies : celle d"Ella, une femme américaine d'aujourd'hui sans histoire apparente, évoluant dans un milieu aisé et s'occupant consciencieusement de ses grands enfants et de son mari dentiste dont elle refuse de voir les infidélités.
L'autre vie est celle de Chams de Tabriz, le derviche errant qui transforma Rumi en profondeur, faisant de lui le poète mystique qu'on connait. Ella est engagée par une maison d'édition afin de lire le manuscrit d'un auteur inconnu, relatant la rencontre passionnée de ces deux soufis, sous le nom de "Doux blasphème". La découverte de ce roman, dont nous prenons nous-mêmes connaissance en chapitres alternés, bouleverse en profondeur Ella. Elle contacte son auteur et commence avec lui un échange à la fois très spirituel et, de plus en plus, intime.
J'ai beaucoup aimé ce récit à multiples voix qui introduit efficacement à la spiritualité soufi mais qui garde les pieds sur terre avec les tâtonnements de cette femme qui s'interroge sur sa vie. Entre récit historique très concret (passant du point de vue d'un témoin à l'autre), suivi linéaire des journées d' Ella, échange de mails, transcription des 40 règles de vie de Chams de Tabriz... la lecture de ce roman est passionnant et nous parle d'un bout à l'autre d'Amour.
Le livre d’Eliette Abecassis maintenant, “Et te voici permise à tout homme”, chez Albin Michel, 17€, nous mène dans le quartier juif de Paris, où Anna, une jeune femme pratiquante, a le courage de demander le divorce et se voit confrontée à la rigidité des lois de sa communauté concernant le guet, l’accord ultime que le mari peut seul accorder afin que sa femme soit complètement libérée religieusement de son mariage et que ses enfants à venir ne soient pas considérés comme “mamzer”, c’est à dire des bâtards...
J’ai été affolée de voir que de telles pratiques pouvaient encore avoir lieu au nom d’une religion de l’Amour ! Dans ce cas le chantage, les mensonges et les pressions sont favorisées et la femme est traitée comme un objet que l’homme manipule à sa guise à coup de lois d’un autre siècle. Oui, elle devient “Agouna”, enchaînée, ancrée, enlisée... comme le résume la dernière de couverture du livre d’ Eliette Abecassis que j’ai terminé le froid dans le dos....
Par Fanny